Rencontres
Interview – Sylvie, Luc & Laura de l’Oasis Végan’imaux
Dans le cadre des rencontres de Pigut, je vous propose de découvrir Sylvie, Luc et leur fille Laura de l’Oasis Végan’imaux.
Aux commandes de l’Oasis, association végan secourant des animaux victimes de la société, on trouve une famille tout à fait remarquable. Nos premiers échanges ont eu lieu sur internet au travers de forums et par nos sites respectifs. Devenue, inconditionnelle du blog végan de Laura, je suis avec plaisir les nouvelles des animaux de l’Oasis et les articles de réflexion sur le véganisme entrecoupés de recettes et d’idées couture.
Et puis un jour, je lis qu’ils cherchent des bénévoles pour les remplacer quelques week-end par an afin de pouvoir visiter leur famille. Ni une ni deux, Mr. Screugneugneu et moi consultons nos agendas respectifs (hyper chargés bien sûr!) et convenons d’une date pour venir les aider. C’est là que j’ai eu la chance de les rencontrer et de passer quelques jours à l’Oasis qui, croyez-moi, porte vraiment bien son nom!
Je vous invite à faire leur connaissance à votre tour avec cette interview, tout en apprenant davantage sur l’Oasis Végan’imaux.
Pouvez-vous nous présenter votre famille et nous en dire plus sur vous en quelques mots?
Nous sommes une famille avec 4 enfants. Nous habitons en Normandie depuis 4 ans après avoir quitté la région parisienne où nous vivions déjà de manière alternative puisque nous avons pratiqué l’instruction en famille. Les trois grands sont maintenant dans leur vie adulte et ne nous ont pas suivi. Nous sommes végans depuis trois ans. Nous avons la cinquantaine et nous vivons avec notre fille de 16 ans.
Vous avez quitté votre vie citadine pour une existence très différente à la campagne, quels ont été les éléments déclencheurs de cette démarche?
Sylvie : Nous passions la plupart de nos week-end à faire des randonnées et à être en contact avec la nature. Ensuite, nous avons acheté une maison à la campagne pour y venir pendant notre temps libre. Malheureusement nous n’avions pas assez de temps pour concrétiser nos projets.Nous avons donc décider de venir nous installer définitivement à la campagne.
Luc: Une certaine lassitude du travail tel qu’il est aujourd’hui, m’a poussé à penser à une vie en autarcie liée à une simplicité volontaire.
Laura : A l’époque, j’avais 12 ans et ma motivation était qu’en venant habiter à la campagne nous pouvions sauver Mouchki (note : cliquez ici pour en savoir plus sur Mouchki) et vivre avec elle.
Comment avez-vous vécu ce changement de vie? Qu’est ce que cela a changé à votre quotidien et dans vos esprits?
Sylvie et Luc : Il a fallu organiser nos journées très différentes de celles que nous avions en région parisienne. Nous sommes en permanence au contact de la nature.
Laura : J’étais très contente de venir vivre à la campagne et changer de vie était une expérience intéressante. Je vois vraiment le changement quand je retourne en ville, dans un appartement, même si ce n’est que pour quelques jours. Ce que j’adore à la campagne, c’est de pouvoir passer des journées sans voir personne et d’être tranquille dans notre chez-nous, pas de voisins juste à coté. Mais il y a la chasse six mois de l’année et nous vivons au milieu des éleveurs… Se rendre compte de la vérité en direct est important, mais la vivre chaque jour, c’est dur pour le moral.
Vous avez créé l’association L’Oasis Végan’imaux, comment est-elle née? Quels en sont les différents objectifs et fonctions?
Nous avons créé l’Oasis pour protéger les réfugiés que nous avons accueillis. Nous essayons de leur offrir une « belle » vie et sans devoir exploiter d’autres animaux pour les nourrir (ils sont tous végétaliens)
Les deux fonctions principales :
* Protéger nos réfugiés (de manière financière pour subvenir à leurs besoins et bénévole pour les garder durant nos absences)
* Informer sur les droits des animaux et promouvoir le véganisme d’une façon abolitionniste.
Quelle évolution voyez-vous pour l’association et comment peut-on vous y aider?
L’Oasis accueille une quarantaine d’animaux malheureusement nous ne pouvons en accueillir d’autres pour des raisons financières.
Le budget annuel de l’association est d’environ 4000 €.
Aujourd’hui, nous finançons les trois quarts mais c’est de plus en plus difficile pour nous. C’est surtout une aide financière, dons alimentaires, et participation bénévole pendant nos absences qui peuvent beaucoup aider l’association.
Vous avez fait le choix du végétarisme puis du véganisme, qu’est ce qui vous a poussé en ce sens? Comment s’est passée votre « conversion »?
Sylvie et Luc : Laura nous a fait prendre conscience de la souffrance des animaux quand elle avait 9 ans et demi.
Laura : Nous sommes devenus végans fin 2007 lorsque nous avons vraiment pris conscience de l’exploitation animale en voyant les vaches laitières et les veaux séparés de leurs mères dans la ferme bio où nous allions chercher du lait. On a découvert le véganisme en cherchant sur Internet et nous le sommes devenus très rapidement. Pour la réflexion sur la façon de militer etc., cela a pris plus de temps. J’avais arrêté la viande ainsi que le cuir et les produits testés sur animaux 3 ans auparavant.
Changement de rythme de vie, d’alimentation, de milieu, dans vos rapports avec les autres animaux, il semblerait que ce soit toute votre façon d’appréhender la vie qui évolue. La réflexion entraînerait-elle plus de réflexion pour vous? Vers quoi tendez-vous aujourd’hui?
Sylvie et Luc : Etre végan abolitionniste , c’est vivre avec plus de cohérence et après une réflexion sur la société nous tendons vers la simplicité volontaire.
Laura : Oui, je crois que le fait d’être végane avec une approche abolitionniste m’a amené à réfléchir sur plein de choses (par exemple sur les humains).
Quelles ont été les réactions de votre entourage face à ces choix de vie différents?
Sylvie et Luc : Beaucoup d’inquiétudes de nos proches, nous les rassurons en essayant de rester toujours nous-même en accord avec nos idées.
Laura : Il vaut mieux être seul que mal accompagné
Avez-vous de petits conseils pour ceux qui souhaitent s’orienter vers un mode de vie alternatif?
Luc : Eteignez votre TV et observez la nature !
Laura : … Eteignez votre radio, écoutez les oiseaux
Plus sérieusement, c’est très simple d’être végan et c’est logique sur tous les points. Et penser aux animaux exploités, tués, est motivant : ce n’est pas possible d’accepter l’exploitation animale quand on en a pris conscience.
Sylvie : Il existe une incompatibilité entre la vie en simplicité volontaire et l’accueil des animaux qui entraînent des dépenses importantes, il faut donc trouver un juste milieu.
Quelles seraient pour vous les clés d’une vie équilibrée et heureuse?
Sylvie et Luc : Ne pas exploiter les humains et les animaux
Laura : Vivre sans exploiter les animaux, être libre en tant qu’humaine (vis à vis de l’état, du travail, des autres…) et faire beaucoup par soi-même.
Quels sont vos voeux et projets à chacun pour l’avenir?
Laura : J’espère que le mouvement abolitionniste va se développer en France et qu’ensemble nous pourrons monter de plus en plus de projets militants pour défendre les animaux. Je suis également en train de réfléchir à un projet pour aider les animaux réfugiés qui sont mal logés et mal soignés dans les chenils des soi-disant « refuges », mais ce ne sera pas pour tout de suite.
Sylvie et Luc : De même, nous espérons un développement du véganisme abolitionniste.
Nous espérons aussi vivre sans les contraintes du capitalisme, que chacun puisse choisir ses méthodes d’instruction.
Nous souhaitons longue vie à l’Oasis et tendre vers une vie en autarcie.
Je partage ces voeux de tout coeur et souhaite également longue vie à l’Oasis! Un grand merci à toute la famille pour avoir répondu à PIGUT.
Interview – Françoise Degenne
Dans le cadre des rencontres de Pigut, je vous propose de découvrir Françoise Degenne.
Mon premier contact avec Françoise a eu lieu par email, elle découvrait PIGUT et me proposait une apparition en tant que blog à l’honneur dans le journal de l’Association Végétarienne de France. S’en sont suivis divers échanges très intéressants.
Traductrice, bénévole pour l’Association Végétarienne de France, Françoise ne chôme pas! Son enthousiasme, sa vision de la vie et sa bonne humeur communicative m’ont tout de suite séduite, j’ai donc voulu en savoir plus sur sa personnalité et son parcours.
Je vous invite à la découvrir à travers cette interview à laquelle elle a accepté de répondre avec la méticulosité qui la caractérise.
Peux-tu te décrire et nous en dire plus sur ce qui te touche dans la vie en quelques mots?
Pour situer, j’ai la cinquantaine. Je vis avec mon compagnon depuis plus de 30 ans (!) et nous avons une fille étudiante. Nous vivons dans un village, où nous avons rénové un vieux bâtiment abandonné, curieusement il s’agit d’un ancien abattoir !!! Qui sait l’influence que cela a eu sur notre changement d’alimentation ?
C’est banal, mais c’est l’injustice qui me révolte le plus et je la perçois pratiquement partout. Mais on s’épuise à lutter sur tous les fronts. Alors depuis 6 ans, j’ai fait le choix d’oeuvrer à la promotion du végétarisme pour tenter d’amener de plus en plus de gens à épargner les animaux et à changer la perception que nous en avons. Je crois qu’un changement d’attitude envers son alimentation provoque une cascade d’autres changements, ou au minimum de nouvelles pistes de réflexion.
Tu es traductrice de profession, en quoi consiste ce métier, comment l’as-tu choisi?
Il m’a fallu un peu de temps avant de savoir « ce que j’allais faire ». Les langues (anglais et espagnol) m’ont toujours attirée et je ne voulais pas être prof. J’aime l’idée de faciliter les relations entre des personnes de langues différentes. J’ai un peu voyagé et j’ai pu constater comme c’était génial de pouvoir vraiment communiquer avec les gens, autrement que par gestes ou avec un vocabulaire limité. L’essentiel de mon travail n’est pas forcément très intéressant en termes de contenu, je connais des périodes très actives et d’autres plus creuses, mais je n’ai pas de patron et c’est très précieux !
Végétarienne depuis l’an 2000, comment en es-tu arrivée à faire le choix du végétarisme?
Ca, c’est une question qu’on me pose souvent. Il m’a fallu des mois avant d’en arriver à ce 31 décembre 1999 où j’ai annoncé à ma famille que désormais, la viande, c’était fini pour moi. En réalité, il m’a fallu 40 ans… J’ai toujours vécu à la campagne et j’ai vu des poulets égorgés, des lapins saignés, même des retours de chasse triomphaux ! (Oui, j’ai plumé des perdreaux et des cailles dans mon enfance) Et j’entends encore les cris poussés par ce cochon tué à coups de maillet par le boucher du village. Je devais avoir 8 ou 9 ans. Au début, j’ai cru que c’était un humain. Je me suis enfuie, j’étais bouleversée. Et je n’ai toujours pas compris pourquoi je n’avais jamais réussi à faire le lien entre ce moment épouvantable et la tranche de jambon du dîner. Je crois que je n’ai jamais imaginé qu’il était possible de ne pas manger de viande. Comme quelque chose qui n’existe pas.
Mais dans les années 90, à la maison, on en était arrivés à manger assez mal, toujours la même chose. Je n’avais plus envie de cuisiner. Je commençais à voir l’animal vivant derrière le morceau de viande et ça devenait assez perturbant. Mais végétarien ? J’en avais la représentation classique (le grand type maigre devant ses carottes râpées) et ça ne me faisait pas très envie. Je n’en avais jamais rencontré « pour de vrai ». Et un jour, lors d’un dîner entre membres d’une association, la personne qui nous recevait avait préparé un rôti de porc et une des invités a dit que « non merci, je ne mange pas de viande ». En fait, elle mangeait de la volaille et du poisson, mais peu importe. Le déclic pour moi, je crois, ça a été de constater que ça ne posait de problème à personne. Sa déclaration a été accueillie le plus naturellement du monde. Je n’en revenais pas. Et pour moi, c’est devenu une évidence : j’allais donc enfin pouvoir arrêter de manger des animaux. Et on ne me lyncherait pas ! Quel soulagement !
Quelles ont été les réactions de ton entourage face à ce changement?
J’avais prévenu que je ne voulais imposer mon choix à personne et que je continuerai à cuisiner « normalement ». Et au bout de 3 semaines, mon compagnon m’a dit qu’il voulait manger comme moi. Ma fille, collégienne à l’époque, a suivi au bout de très peu de temps. Nous sommes donc rapidement devenus une famille sans cruauté. Pour mes parents, ça a été un peu plus difficile à accepter et à comprendre. Il y a eu beaucoup de questions de posées, sur les protéines, les carences, etc. Je sentais de l’inquiétude et une certaine perplexité. Je sais bien que ce changement a remis pas mal de choses en cause, toute une histoire familiale, mais nous ne sommes pas une famille de querelleurs. Avec le temps, tout s’est apaisé et je leur suis sincèrement reconnaissante de l’avoir toléré puis accepté et enfin presque adopté. Mes parents mangent maintenant du tofu et du seitan… Et ils adorent ma mousse au chocolat au tofu soyeux !
En ce qui concerne les amis, un certain tri s’est opéré assez naturellement. Pour certains, nous sommes devenus des empêcheurs-de-manger-tranquillement-en-rond, d’autres ont su faire les quelques efforts d’adaptation nécessaires, ont manifesté un certain intérêt, et surtout, ne nous ont ni jugés ni condamnés. Et quand on dit « Un de perdu, dix de trouvés », ça a parfaitement fonctionné. Nous avons perdu quelques amis carnivores et en avons gagné beaucoup avec qui nous partageons cette conviction fondamentale.
Comment s’est passé ta « conversion » vers l’alimentation végétale?
De façon assez classique, je suppose. Par exemple, ma première expérience de tofu a été un peu déconcertante. Pour tout dire, j’ai trouvé ça infect. Et puis j’ai appris qu’il fallait le faire macérer…
J’ai acheté un ou deux livres de cuisine et je me suis lancée !
J’ai vite compris qu’une alimentation ovo-lacto-végétarienne n’était pas satisfaisante sur le plan éthique, alors petit à petit, j’ai éliminé les yaourts, le beurre, le lait et le fromage de vache. Je consommais encore un peu de fromage de chèvre, mais c’est fini. C’est vraiment une histoire mentale. Je vois l’animal. Devant un morceau de fromage de chèvre, je vois le chevreau qui part à l’abattoir. Devant un morceau de comté ou autre, je vois la vache qui pleure le veau qu’on vient de lui enlever.
J’ai mangé des oeufs assez longtemps parce que nous avions construit un poulailler et adopté 5 poulettes naines, avec chacune son nom et… son caractère. Ce sont des créatures vraiment intelligentes. L’amie qui me les avait données m’avait prévenue : « ne sous-estime jamais une poule ! » Et effectivement, elles m’ont souvent surprises par leur inventivité. Elles sont mortes maintenant et les seuls oeufs que je consomme – rarement – sont ceux que me donnent des personnes « bien », qui élèvent leurs poules et ne les mangent pas.
J’adore découvrir des trucs nouveaux et je ne me décourage pas quand ça ne répond pas à mes attentes. J’aime bien cuisiner aussi, mon seul regret est de manquer de temps pour ça. Mais ça ne m’empêche pas d’acheter des livres de cuisine !!!
Quels seraient tes conseils pour ceux qui souhaitent se lancer également dans l’aventure végéta*ienne?
Foncez ! Allez-y ! C’est tellement génial d’avoir la conscience tranquille. Ne vous posez pas trop de questions (ça revient parfois à se chercher des excuses). Donc, essayez des aliments, des modes de cuisson, lisez les blogs, adhérez à l’AVF !!! Nous sommes là pour écouter, accompagner, conseiller, rassurer et encourager. J’admire les gens qui étaient végétariens il y a 60 ou 80 ans. Les choses ont tellement évolués que franchement, il n’y a pas à hésiter !
Tu es bénévole pour l’Association Végétarienne de France (AVF), quels sont tes rôles?
J’ai deux casquettes : une locale. Je représente l’association en Touraine, j’y organise des ateliers de cuisine (avec Anne Brunner, que tu dois connaître) et depuis l’an dernier, je tiens un stand au salon Fougère fin septembre. Les activités vont s’étoffer très bientôt car nous allons devenir « délégation », donc plusieurs personnes, et nous pourrons organiser plus de choses, ne serait-ce que des stands réguliers.
Je fais également partie du conseil d’administration. Je m’occupe des pages cuisine de notre revue Alternatives Végétariennes et de la traduction de certains articles, de relectures, notre petite newsletter, etc.
Pourquoi choisir de promouvoir le végétarisme aujourd’hui?
Parce que je dois aimer la difficulté !!! Je reconnais que c’est plus facile maintenant, mais lutter contre les habitudes, les contre-vérités, les certitudes, la « tradition », ça reste une affaire de chaque minute. Mon objectif premier, c’est qu’on arrête de tuer les animaux. Pour cela, il faut que l’humain arrête de se croire plus fort que tout le monde et de considérer la planète comme son bien personnel. Je voudrais vivre dans une société où chacun aurait sa place et respecterait l’autre, humain ou animal. Je ne pense pas vivre assez longtemps pour le voir, soyons réalistes, mais c’est la solution à bien des problèmes économiques autant que moraux. Ne plus manger de viande pour éviter la déforestation, les OGM, les pollutions, les maladies, c’est vraiment excellent. Mais l’autre dimension, c’est que je pense que quand on ne tue pas (je veux dire quand le meurtre – d’un humain comme d’un animal – est tabou), on accède à autre chose. Je ne suis pas « mystique », j’ai les pieds sur terre, mais un peu de spiritualité n’a jamais fait de mal à personne. Je parlais d’avoir la conscience tranquille plus haut. Imagine ce que serait la vie sur cette planète si nous faisions tous en sorte que ce soit la réalité !!! Quel bonheur ce serait !
Que défend exactement l’AVF, quelles sont ses actions? Pourquoi rejoindre une telle association?
L’objectif premier d’AVF est de promouvoir le végétarisme, en expliquant pourquoi c’est bon et bien (alimentation, santé, environnement, et bien sûr animaux). Nous faisons un gros travail de documentation et je ne crois pas me tromper en disant que nous sommes une référence dans ce domaine. Nous avons un réseau de délégués qui font des actions (stands, ateliers de cuisine, etc.), nous publions une revue trimestrielle et animons un site Internet.
Très franchement, j’ai rejoint l’AVF parce qu’en 2004, je crois n’avoir trouvé qu’elle sur Internet. J’ai vu que le montant de l’adhésion n’était pas bien élevé et j’ai adhéré « pour voir ». Et j’ai tellement bien vu que j’y suis encore -;) Je ne regrette vraiment pas. J’ai trouvé à l’AVF des personnes de grande qualité et des amis. Je m’y sens très bien.
Constates-tu une évolution des mentalités dans la relation entre les humains et les autres animaux?
Oui et non. Non parce que je ne vois pas d’abattoirs qui ferment, et pas d’augmentation fulgurante du nombre de végétariens. Oui, parce que malgré tout, les gens voient certains reportages à la télé et que petit à petit, ils prennent conscience que quelque chose ne va pas. Mais c’est très fragile. J’ai l’impression qu’une grande partie de la population est anesthésiée, notamment par la télé, mais c’est un autre débat. « On » nous fait avaler n’importe quoi, au propre comme au figuré. Je n’ai plus de télé depuis plusieurs années, et je suis certaine que des passer ses soirées à faire autre chose (lire en ce qui me concerne parce que le cinéma est trop loin, ou regarder un DVD) joue un grand rôle. C’est un luxe d’avoir le temps de réfléchir, mais c’est un luxe que beaucoup pourraient s’offrir sans problème.
Comment imagines-tu l’évolution du végétarisme en France et à travers le monde?
En France, l’évolution passe par le travail de forcené réalisé par les associations (végétariennes, de protection animale, de défense de l’environnement), mais elle est très lente. Quand on voit les arguments qui sont donnés contre « un jour végétarien » dans les collectivités, c’est assez ahurissant et déprimant. J’ai le sentiment que partout dans le monde, nous sommes une poignée à ramer à contre-courant. Je ne suis pas certaine d’être très optimiste…
L’évolution du végétarisme est liée à celle de nos sociétés, et je ne me retrouve pas dans ce qu’on appelle le « progrès ». Donc, il faut continuer à essayer d’inverser la tendance. Inlassablement.
Entre ton travail et tes diverses responsabilités, trouves-tu le temps pour t’épanouir dans ta vie personnelle?
Je ne le trouve pas toujours, mais je le prends
Je fais tout moins qu’avant (lire, voyager), mais je trouve toujours du temps pour ma famille, et pour de petites escapades.
Je rêve d’arrêter de travailler pour pouvoir m’organiser autrement, mais le contexte n’est pas exactement favorable, n’est-ce pas ? Donc, je me débrouille pour être aussi « multitâche » que possible !
Quelles seraient pour toi les clés d’une vie équilibrée et heureuse?
Je n’ai pas la recette exacte, mais il me semble que cela passe par une répartition équilibrée des activités professionnelles, associatives et de la vie familiale et sociale. La possibilité de pouvoir se poser dans le calme pour recharger ses batteries.
Je suis très loin d’être malheureuse : j’habite à la campagne, je travaille chez moi, ça me convient très bien parce que je m’entends bien avec moi-même
.
Quels sont tes voeux et projets pour l’avenir?
Avoir encore autant d’énergie pendant de longues années, continuer à apporter ce que je peux à AVF, déménager dans un endroit plus isolé (chuut, nos deux chattes ne sont pas encore au courant !), améliorer encore l’aspect « écolo et décroissant » de notre vie et… mettre le nez dehors un peu plus souvent.
A un niveau plus général : que les mentalités bougent vraiment !
Un grand merci à Françoise d’avoir pris un peu de son précieux temps pour répondre à PIGUT. Avec ses engagements positifs, je ne peux que souhaiter la réalisation de ses voeux!
Pour situer, j’ai la cinquantaine. Je vis avec mon compagnon depuis plus de 30 ans (!) et nous avons une fille étudiante. Nous vivons dans un village, où nous avons rénové un vieux bâtiment abandonné, curieusement il s’agit d’un ancien abattoir !!!. Qui sait l’influence que cela a eu sur notre changement d’alimentation ?
C’est banal, mais c’est l’injustice qui me révolte le plus et je la perçois pratiquement partout. Mais on s’épuise à lutter sur tous les fronts. Alors depuis 6 ans, j’ai fait le choix d’oeuvrer à la promotion du végétarisme pour tenter d’amener de plus en plus de gens à épargner les animaux et à changer la perception que nous en avons. Je crois qu’un changement d’attitude envers son alimentation provoque une cascade d’autres changements, ou au minimum de nouvelles pistes de réflexion.
Tu es traductrice de profession, en quoi consiste ce métier, comment l’as-tu choisi?
Il m’a fallu un peu de temps avant de savoir « ce que j’allais faire ». Les langues (anglais et espagnol) m’ont toujours attirée et je ne voulais pas être prof. J’aime l’idée de faciliter les relations entre des personnes de langues différentes. J’ai un peu voyagé et j’ai pu constater comme c’était génial de pouvoir vraiment communiquer avec les gens, autrement que par gestes ou avec un vocabulaire limité. L’essentiel de mon travail n’est pas forcément très intéressant en termes de contenu, je connais des périodes très actives et d’autres plus creuses, mais je n’ai pas de patron et c’est très précieux !
Végétarienne depuis l’an 2000, comment en es-tu arrivée à faire le choix du végétarisme?
Ca, c’est une question qu’on me pose souvent. Il m’a fallu des mois avant d’en arriver à ce 31 décembre 1999 où j’ai annoncé à ma famille que désormais, la viande, c’était fini pour moi. En réalité, il m’a fallu 40 ans… J’ai toujours vécu à la campagne et j’ai vu des poulets égorgés, des lapins saignés, même des retours de chasse triomphaux ! (Oui, j’ai plumé des perdreaux et des cailles dans mon enfance) Et j’entends encore les cris poussés par ce cochon tué à coups de maillet par le boucher du village. Je devais avoir 8 ou 9 ans. Au début, j’ai cru que c’était un humain. Je me suis enfuie, j’étais bouleversée. Et je n’ai toujours pas compris pourquoi je n’avais jamais réussi à faire le lien entre ce moment épouvantable et la tranche de jambon du dîner. Je crois que je n’ai jamais imaginé qu’il était possible de ne pas manger de viande. Comme quelque chose qui n’existe pas.
Mais dans les années 90, à la maison, on en était arrivés à manger assez mal, toujours la même chose. Je n’avais plus envie de cuisiner. Je commençais à voir l’animal vivant derrière le morceau de viande et ça devenait assez perturbant. Mais végétarien ? J’en avais la représentation classique (le grand type maigre devant ses carottes râpées) et ça ne me faisait pas très envie. Je n’en avais jamais rencontré « pour de vrai ». Et un jour, lors d’un dîner entre membres d’une association, la personne qui nous recevait avait préparé un rôti de porc et une des invités a dit que « non merci, je ne mange pas de viande ». En fait, elle mangeait de la volaille et du poisson, mais peu importe. Le déclic pour moi, je crois, ça a été de constater que ça ne posait de problème à personne. Sa déclaration a été accueillie le plus naturellement du monde. Je n’en revenais pas. Et pour moi, c’est devenu une évidence : j’allais donc enfin pouvoir arrêter de manger des animaux. Et on ne me lyncherait pas ! Quel soulagement !
Quelles ont été les réactions de ton entourage face à ce changement?
J’avais prévenu que je ne voulais imposer mon choix à personne et que je continuerai à cuisiner « normalement ». Et au bout de 3 semaines, mon compagnon m’a dit qu’il voulait manger comme moi. Ma fille, collégienne à l’époque, a suivi au bout de très peu de temps. Nous sommes donc rapidement devenus une famille sans cruauté. Pour mes parents, ça a été un peu plus difficile à accepter et à comprendre. Il y a eu beaucoup de questions de posées, sur les protéines, les carences, etc. Je sentais de l’inquiétude et une certaine perplexité. Je sais bien que ce changement a remis pas mal de choses en cause, toute une histore familiale, mais nous ne sommes pas une famille de querelleurs. Avec le temps, tout s’est apaisé et je leur suis sincèrement reconnaissante de l’avoir toléré puis accepté et enfin presque adopté. Mes parents mangent maintenant du tofu et du seitan… Et ils adorent ma mousse au chocolat au tofu soyeux !
En ce qui concerne les amis, un certain tri s’est opéré assez naturellement. Pour certains, nous sommes devenus des empêcheurs-de-manger-tranquillement-en-rond, d’autres ont su faire les quelques efforts d’adaptation nécessaires, ont manifesté un certain intérêt, et surtout, ne nous ont ni jugés ni condamnés. Et quand on dit « Un de perdu, dis de trouvés », ça a parfaitement fonctionné. Nous avons perdu quelques amis carnivores et en avons gagné beaucoup avec qui nous partageons cette conviction fondamentale.
Comment s’est passé ta « conversion » vers l’alimentation végétale?
De façon assez classique, je suppose. Par exemple, ma première expérience de tofu a été un peu déconcertante. Pour tout dire, j’ai trouvé ça infect. Et puis j’ai appris qu’il fallait le faire macérer…
J’ai acheté un ou deux livres de cuisine et je me suis lancée !
J’ai vite compris qu’une alimentation ovo-lacto-végétarienne n’était pas satisfaisante sur le plan éthique, alors petit à petit, j’ai éliminé les yaourts, le beurre, le lait et le fromage de vache. Je consommais encore un peu de fromage de chèvre, mais c’est fini. C’est vraiment une histoire mentale. Je vois l’animal. Devant un morceau de fromage de chèvre, je vois le chevreau qui part à l’abattoir. Devant un morceau de comté ou autre, je vois la vache qui pleure le veau qu’on vient de lui enlever.
J’ai mangé des oeufs assez longtemps parce que nous avions construit un poulailler et adopté 5 poulettes naines, avec chacune son nom et… son caractère. Ce sont des créatures vraiment intelligentes. L’amie qui me les avait données m’avait prévenue : « ne sous-estime jamais une poule ! » Et effectivement, elles m’ont souvent surprises par leur inventivité. Elles sont mortes maintenant et les seuls oeufs que je consomme – rarement – sont ceux que me donnent des personnes « bien », qui élèvent leurs poules et ne les mangent pas.
J’adore découvrir des trucs nouveaux et je ne me décourage pas quand ça ne répond pas à mes attentes. J’aime bien cuisiner aussi, mon seul regret est de manquer de temps pour ça. Mais ça ne m’empêche pas d’acheter des livres de cuisine !!!
Quels seraient tes conseils pour ceux qui souhaitent se lancer également dans l’aventure végéta*ienne?
Foncez ! Allez-y ! C’est tellement génial d’avoir la conscience tranquille. Ne vous posez pas trop de questions (ça revient parfois à se chercher des excuses). Donc, essayez des aliments, des modes de cuisson, lisez les blogs, adhérez à l’AVF !!! Nous sommes là pour écouter, accompagner, conseiller, rassurer et encourager. J’admire les gens qui étaient végétariens il y a 60 ou 80 ans. Les choses ont tellement évolués que franchement, il n’y a pas à hésiter !
Tu es bénévole pour l’Association Végétarienne de France (AVF), quels sont tes rôles?
J’ai deux casquettes : une locale. Je représente l’association en Touraine, j’y organise des ateliers de cuisine (avec Anne Brunner, que tu dois connaître) et depuis l’an dernier, je tiens un stand au salon Fougère fin septembre. Les activités vont s’étoffer très bientôt car nous allons devenir « délégation », donc plusieurs personnes, et nous pourrons organiser plus de choses, ne serait-ce que des stands réguliers.
Je fais également partie du conseil d’administration. Je m’occupe des pages cuisine de notre revue Alternatives Végétariennes et de la traduction de certains articles, de relectures, notre petite newsletter, etc.
Pourquoi choisir de promouvoir le végétarisme aujourd’hui?
Parce que je dois aimer la difficulté !!! Je reconnais que c’est plus facile maintenant, mais lutter contre les habitudes, les contre-vérités, les certitudes, la « tradition », ça reste une affaire de chaque minute. Mon objectif premier, c’est qu’on arrête de tuer les animaux. Pour cela, il faut que l’humain arrête de se croire plus fort que tout le monde et de considérer la planète comme son bien personnel. Je voudrais vivre dans une société où chacun aurait sa place et respecterait l’autre, humain ou animal. Je pense pas vivre assez longtemps pour le voir, soyons réalistes, mais c’est la solution à bien des problèmes économiques autant que moraux. Ne plus manger de viande pour éviter la déforestation, les OGM, les pollutions, les maladies, c’est vraiment excellent. Mais l’autre dimension, c’est que je pense que quand on ne tue pas (je veux dire quand le meurtre – d’un humain comme d’un animal – est tabou), on accède à autre chose. Je ne suis pas « mystique », j’ai les pieds sur terre, mais un peu de spiritualité n’a jamais fait de mal à personne. Je parlais d’avoir la conscience tranquille plus haut. Imagine ce que serait la vie sur cette planète si nous faisions tous en sorte que ce soit la réalité !!! Quel bonheur ce serait !
Que défend exactement l’AVF, quelles sont ses actions? Pourquoi rejoindre une telle association?
L’objectif premier d’AVF est de promouvoir le végétarisme, en expliquant pourquoi c’est bon et bien (alimentation, santé, environnement, et bien sûr animaux). Nous faisons un gros travail de documentation et je ne crois pas me tromper en disant que nous sommes une référence dans ce domaine. Nous avons un réseau de délégués qui font des actions (stands, ateliers de cuisine, etc.), nous publions une revue trimestrielle et animons un site Internet.
Très franchement, j’ai rejoint l’AVF parce qu’en 2004, je crois n’avoir trouvé qu’elle sur Internet. J’ai vu que le montant de l’adhésion n’était pas bien élevé et j’ai adhéré « pour voir ». Et j’ai tellement bien vu que j’y suis encore -;) Je ne regrette vraiment pas. J’ai trouvé à l’AVF des personnes de grande qualité et des amis. Je m’y sens très bien.
Constates-tu une évolution des mentalités dans la relation entre les humains et les autres animaux?
Oui et non. Non parce que je ne vois pas d’abattoirs qui ferment, et pas d’augmentation fulgurante du nombre de végétariens. Oui, parce que malgré tout, les gens voient certains reportages à la télé et que petit à petit, ils prennent conscience que quelque chose ne va pas. Mais c’est très fragile. J’ai l’impression qu’une grande partie de la population est anesthésiée, notamment par la télé, mais c’est un autre débat. « On » nous fait avaler n’importe quoi, au propre comme au figuré. Je n’ai plus de télé depuis plusieurs années, et je suis certaine que des passer ses soirées à faire autre chose (lire en ce qui me concerne parce que le cinéma est trop loin, ou regarder un DVD) joue un grand rôle. C’est un luxe d’avoir le temps de réfléchir, mais c’est un luxe que beaucoup pourraient s’offrir sans problème.
Comment imagines-tu l’évolution du végétarisme en France et à travers le monde?
En France, l’évolution passe par le travail de forcené réalisé par les associations (végétariennes, de protection animale, de défense de l’environnement), mais elle est très lente. Quand on voit les arguments qui sont donnés contre « un jour végétarien » dans les collectivités, c’est assez ahurissant et déprimant. J’ai le sentiment que partout dans le monde, nous sommes une poignée à ramer à contre-courant. Je ne suis pas certaine d’être très optimiste…
L’évolution du végétarisme est liée à celle de nos sociétés, et je ne me retrouve pas dans ce qu’on appelle le « progrès ». Donc, il faut continuer à essayer d’inverser la tendance. Inlassablement.
Entre ton travail et tes diverses responsabilités, trouves-tu le temps pour t’épanouir dans ta vie personnelle?
Je ne le trouve pas toujours, mais je le prends
Je fais tout moins qu’avant (lire, voyager), mais je trouve toujours du temps pour ma famille, et pour de petites escapades.
Je rêve d’arrêter de travailler pour pouvoir m’organiser autrement, mais le contexte n’est pas exactement favorable, n’est-ce pas ? Donc, je me débrouille pour être aussi « multitâche » que possible !
Quelles seraient pour toi les clés d’une vie équilibrée et heureuse?
Je n’ai pas la recette exacte, mais il me semble que cela passe par une répartition équilibrée des activités professionnelles, associatives et de la vie familiale et sociale. La possibilité de pouvoir se poser dans le calme pour recharger ses batteries.
Je suis très loin d’être malheureuse : j’habite à la campagne, je travaille chez moi, ça me convient très bien parce que je m’entends bien avec moi-même
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Quels sont tes voeux et projets pour l’avenir?
Avoir encore autant d’énergie pendant de longues années, continuer à apporter ce que je peux à AVF, déménager dans un endroit plus isolé (chuut, nos deux chattes ne sont pas encore au courant !), améliorer encore l’aspect « écolo et décroissant » de notre vie et… mettre le nez dehors un peu plus souvent.
A un niveau plus général : que les mentalités bougent vraiment !
Interview – Karen Chevallier
Dans le cadre des rencontres de Pigut, je vous propose de découvrir Karen Chevallier.
Karen m’a fait la joie de me faire parvenir le livre Chocolat Bio qu’elle a conçu en collaboration avec Annie Casamayou. Je ne vous cache pas que Mr Screugneugneu, avec son gros faible pour tout ce qui touche à la fève de cacao a été difficile à tenir lors de la lecture des recettes (à végétaliser parfois pour nous). De mon côté, ravie d’en apprendre plus sur le chocolat, j’étais également admirative devant le travail des auteurs et curieuse de connaître le cheminement menant à l’écriture d’ouvrages de ce type, j’ai donc décidé d’en interroger la créatrice.
Conceptrice culinaire mettant en avant une cuisine bio de saison et proposant de nombreux plats sans gluten et souvent végéta*iens, Karen partage ses recettes sur le site Cuisine Saine et à travers les jolis livres de cuisine bio dont elle est l’auteur.
Je vous laisse la découvrir en appréhendant sa vision de la cuisine et son parcours à travers une interview à laquelle elle a aimablement répondu pour PIGUT.
Peux-tu te décrire et nous en dire plus sur ce qui te touche dans la vie en quelques mots?
Ouaouh ! C’est vaste comme question. Beaucoup de choses me touchent, je suis assez sensible. Un paysage, un visage, un instant, un rire, un sourire, une larme, les gens me touchent en général en bien ou en mal d’ailleurs… Il n’y aurait pas les gens, et cette envie de partager qui me caractérise, je n’aurais sans doute jamais fait de blog. C’est dans les relations que je m’épanouis.
Comment t’es venue cette passion pour la cuisine?
De ma gourmandise ! J’ai toujours eu envie de « bien manger ». Je ne peux pas dire qu’il y a une grande culture de la cuisine dans ma famille. L’ambiance était plutôt au « vite fait mal fait » et ouvrir une boite de conserve était un reflexe familial je dirais… Alors dès que j’ai pu me mettre aux fourneaux je l’ai fait ! Et les conserves n’existent plus chez moi, on trouve juste des bocaux faits maison avec amour ;) !
Est-ce que tu créais déjà des recettes avant de commencer ton blog, les notais-tu?
Plus jeune, je suivais les recettes à la lettre. Comme si je faisais une formule magique compliquée et qu’il ne fallait surtout pas en sortir. Et un jour – comme si la fée cuisine s’était penché vers moi – j’ai compris comment la « chimie de la cuisine » fonctionnait ! :) J’ai commencé à inventer, tester dans tous les sens, je ne notais rien. Passer au bio vers l’âge de 20 ans (je vais sur mes 32) m’a fait faire tout un tas d’expérience ! C’est vraiment le blog qui m’a fait écrire toutes mes recettes car je n’avais pas du tout le reflexe et parfois j’oublie encore !
L’écriture de livres de cuisine était-elle un objectif pour toi?
Pas vraiment, déjà sans le blog ça ne me serait jamais venu à l’idée. Mais à force d’inventer et d’écrire pour le blog je me suis dit « oui tiens pourquoi pas ». J’ai collaboré avec Quelle santé sur un hors série sur la cuisine bio et j’ai eu envie d’aller plus loin, mais sans chercher à contacter un éditeur, ca commençait juste à me passer par la tête.
De quelle façon procèdes-tu pour créer une recette généralement?
En fait je ne me dis jamais « je vais créer une recette » c’est plutôt spontané. Je regarde ce qu’il y a dans mes placards et dans le réfrigérateur et hop c’est parti ! Pour les livres c’est différent j’ai un thème alors je me dis « j’aimerai faire quelque chose qui ressemble à ça » et ensuite je teste, j’invente…
Quelles sont tes sources d’inspiration?
Les livres de cuisine surtout j’en ai tout un stock, les magazines, les émissions de télé et les blogs aussi. Je lis beaucoup et de tout sur tout ce qui se mange :). Ca parle de nourriture, alors ça me parle ! C’est plus rare que je sois inspiré par un plat dans un restaurant, mais ça arrive !
Pourquoi promouvoir la cuisine bio?
Je n’ai pas seulement un blog de cuisine mais j’ai aussi un blog d’écologie donc tout se recoupe en fait :). Je pense que ce qu’on mange a une très grande importance sur la santé. Je suis convaincue que la bio c’est une très bonne solution. On ne pollue pas la terre (on ne scie pas la branche sur laquelle nous sommes assis) et en plus on n’ingurgite pas de produits phyto sanitaires toxiques !
Pour quelles raison t’orienter vers une alimentation sans gluten et sans lait?
Pour 2 raisons, j’ai lu « l’alimentation ou la 3ème médecine » qui prône une alimentation sans gluten ni lait. Ensuite j’ai deux amies qui ont stoppé leur maladie auto immune grâce à ce régime ! L’une n’avait plus aucun symptôme et l’autre a arrêté la progression de sa maladie alors que la chimio n’avait rien fait. Quand vous avez ce genre de témoignages ça remet forcément en cause la façon de voir les choses…
As-tu déjà pensé à te diriger vers le végétarisme, pourquoi?
Oui j’ai été végétarienne pendant 2 ans environ. Pas du tout par goût, mais parce que l’abattage des animaux, les poules en batteries, les mauvais traitements m’avaient choquées (et me choque toujours). Mais ça ne me convenait pas. J’ai beaucoup réduit la viande par rapport aux coutumes de ma famille. Je mange encore végétarien plusieurs jours par semaine, mais je m’interdis ni la viande, ni les œufs. Je n’aime pas la notion d’interdit en alimentation, je varie, je réduis ce qui me parait « moins sain » mais je me fais d’abord plaisir. Je consomme peu de produits laitiers mais je privilégie un bon fromage de chèvre de temps en temps par exemple. Je consomme moins, mais je consomme mieux, des animaux élevés en bio et qui se sont promenés dans les champs, certes ça a un coût mais il faut rester fidèle à ses convictions.
Comment s’est passé ton premier contact avec un éditeur?
C’est une histoire incroyable je trouve. J’ai dit à mon copain « je ferai bien un livre sur les glaces bio », j’avais mis au point plein de recettes sans lactose et j’étais assez contente du résultat ! Et environ 15 jours plus tard je reçois un mail de la maison d’éditions Anagramme « bonjour, nous avons testé et aimé vos recettes de glaces. Seriez-vous d’accord pour faire un livre sur ce sujet ? ». Autant dire que j’ai répondu « oui » de suite et après tout s’est enchainé très vite.
Lors des premiers contacts, as-tu proposé un projet fini ou simplement une idée élaborée? Comment le choix des sujets est-il décidé après le premier livre?
C’est Anagramme qui m’a proposé pour le premier, mais pour les autres livres j’ai proposé mes idées, ils me proposent aussi les leurs et on discute beaucoup. Rien n’est fermé. Il faut juste voir dans quelle collection ça peut rentrer. En tout cas je n’ai aucune obligation, je fais les livres qui me font plaisir avant tout. Je pense qu’avec le premier manuscrit j’ai fait mes preuves et on a une très belle relation de confiance.
Comment sont validées les recettes, sont-elles testées?
C’est moi qui teste et valide mes recettes, principalement sur ma famille et mes amis (voir mes collègues hihi !).
Comment se passe la prise des photos?
Je ne fais pas les photos de mes livres, Anagramme fait appel à des photographes culinaires. Mais je vais vous annoncer un scoop, personne n’est au courant encore mais c’est ma copine Griotte qui a fait les photos de mon 3ème livre à paraitre « les friandises bio » ! Pour le coup on les a faites ensemble, elle a pu tester mes recettes :)
Combien de temps te demande la préparation d’un livre?
C’est très variable ! Il y a des recettes qui marchent du premier coup et d’autres non. Pour les glaces j’étais super au point donc tout a été très vite. Le chocolat pareil j’étais très inspiré et en un mois j’ai sorti 21 recettes. Par contre les friandises j’ai du beaucoup expérimenter et apprendre des bases en confiserie. A part pour les demandes urgentes je pense qu’entre le moment où on parle de l’idée et que le livre sort il se passe bien un an.
Quelles sont les contraintes imposées par l’éditeur?
La seule vraie contrainte est de rester dans l’esprit de la collection. Je me sens assez libre dans mes créations ! :)
En terme de revenus, vis-tu de la publication de recettes?
Pas de tout :), je vie de mon travail dans le web. J’ai quand même débloqué du temps de travail pour la cuisine mais je ne pourrais pas vivre que de ça. Pour en vivre il faudrait que je travaille avec des magazines de manière plus récurrente, pour le moment c’est anecdotique. En plus j’adore mon métier donc pouvoir faire les deux me convient très bien ! J’aime varier, je pense que je serais un peu lassée de faire l’un des deux.
Quels sont tes projets à venir?
J’ai signé pour 2 nouveaux livres qui sortiront au printemps 2011. Oui je n’arrête plus !
Merci à Karen d’avoir pris du temps pour répondre avec beaucoup de pêche et surtout bonne route à elle pour la suite!




