Société
Le Coût du Travail
Tout a commencé par une offre anodine, l’entreprise qui m’emploie me proposant de faire quelques heures en plus. Une supérieure en a profité pour placer que je travaillais « très bien », que de positives nouvelles donc.
Face à cette offre, j’ai bien réfléchi, pesé le pour et le contre, et j’ai décidé de décliner la proposition. J’ai dit NON gentiment mais fermement, en veillant à m’expliquer clairement de façon diplomatique. Mais voilà, ça n’a pas plu, apparemment la seule réponse possible et attendue était un « oui, très bien » peut-être même suivi d’un grand « merci ». Moi qui pensais avoir le choix, je me trompais.
Plus tard, je suis restée très calme et souriante alors qu’un monsieur haut placé de l’entreprise (qui ne m’a pas été présenté clairement) ne me parlait pas très bien au téléphone. Oublié le fait que je travaille « très bien », envolés la sympathie et les ronds de jambe, l’heure était visiblement à l’agressivité gratuite et à la communication du stress.
Au cours de la conversation, cet homme confronté à mon refus obstiné a tenté de me convaincre par tous les moyens et surtout par des arguments défiant toute logique et cohérence d’accepter ces heures en plus. Ce charmant monsieur m’a également appris avec fierté qu’il travaillait 50h par semaine depuis 20 ans. Je l’ai informé du fait que j’avais justement travaillé 50h par semaine un moment avant de réaliser que ça n’était vraiment pas bon pour moi, il a rétorqué que lui n’en était pas mort… Dix minutes de discussions avec lui ont pourtant suffit à me convaincre du contraire. Il a peut-être l’air encore vivant, seulement je l’ai personnellement ressenti vide, vide de sens et de sentiments, vide de cœur, de rêves, vide de respect, de bonheur et d’espoirs.
Maintenant, monde de l’entreprise oblige, j’ai bien conscience de devoir payer un jour ou l’autre mon odieux affront, j’attends donc sagement le retour du bâton. Car si vous avez des supérieurs de ce genre et qu’ils ont un jour l’impression que vous vous opposez à leur toute puissante autorité et que vous n’allez pas dans leur sens, c’est sûr, il vous auront dans le nez. Mais au fond, peu m’importe la « punition » qui m’attends, je m’en fiche, ces absurdités n’ont pas de sens pour moi. Je m’intéresse à un monde bien différent de celui-là, un monde qui nous dépasse, celui du bien-être et de la Nature, ainsi, je me soucie de son équilibre et par là-même du mien, le reste n’a pas grande valeur à mes yeux. Faire ses quelques heures en plus pour quelques Euros de plus aurait été une grave perte de temps et d’énergie pour moi, c’est pour cela que je les ai refusées et je suis à l’aise avec ma décision.
Pour la petite histoire, le monsieur haut placé en question s’est avéré être le patron de l’entreprise et est venu en personne s’excuser auprès de moi quelques jours après l’incident du téléphone. Bien qu’impressionnée par cette démarche, cela n’a en rien changé mon avis sur cette personne, je n’ai vu dans ses yeux que de la confusion, celle d’une personne enfermée dans sa propre prison, victime de l’univers du travail auquel il se lègue corps et âme.
Pour aller plus loin, il me faut exposer ma vision du travail, en effet, pour moi, il s’agit d’un échange de temps et de compétences contre un peu d’argent. Seulement voilà, cet argent gagné à aussi un coût.
Tout d’abord, lorsqu’on travaille, les sommes touchées servent notamment à payer le droit de vivre et de travailler dans notre société : frais de logement et les énergies qui lui sont associées, vêtements appropriés, nourriture de supermarché, assurances en tout genre, taxes et impôts, modes de transport et leurs frais annexes… Pour exemple, alors que j’ai une activité professionnelle, j’ai besoin de plus d’argent que lorsque je voyageais et ne gagnais rien. En effet, en voyage, je dépensais beaucoup moins. Je cuisinais beaucoup, cueillais des fruits et plantes sauvages, changeais peu de vêtements, me lavais dans les rivières, vivais dans un véhicule et ne payais donc pas de logement ni les factures associées, je ne payais quasiment pas de taxes car je ne recevais pas de salaire et ne possédais pas grand chose. Mes frais étaient moindres et pourtant mon confort de vie était grand.
Le coup du travail se paie aussi à travers l’absence d’autonomie dans la gestion de son temps. Ainsi, au nom de la bonne marche d’une entreprise, cette dernière rythme nos vies. Alors, vendre des heures de sa vie en échange d’argent… passe, mais ne pas pouvoir décider des moments que l’on a envie d’allouer à cette tâche me rend perplexe.
Pour quelles raisons valides doit-on se lever à sept heures du matin si l’on est du soir, pourquoi rester 7 ou 8h de suite sur notre lieu de travail même si nous avons terminé les tâches qui nous sont confiées, pourquoi manger à 12h35 si notre cycle est différent? Et que penser des « gracieuses » cinq semaines de congés payés disséminés sur une année et dont les dates doivent être validées par un supérieur? Elles sont probablement allouées pour que nous ayons tout juste l’opportunité de nous reposer, de nous détendre un peu et aussi pour pouvoir gérer l’organisation que notre société impose (courses, rendez-vous à la banque et aux différentes administrations, que du bonheur en somme) mais que nos vies professionnelles trop actives retardent. Tout cela afin que nous restions productifs, sans toutefois nous laisser le temps de nous sentir libres et heureux, de profiter simplement de la vie telle qu’elle vient et de réfléchir sur nos choix. Ce qui compte vraiment c’est que nous soyons capables de passer de très nombreuses années sur le marché de l’emploi, en effet, j’estime que le terme « vie professionnelle » n’est pas anodin, car finalement c’est la grande majorité de notre vie que nous sacrifions à l’activité professionnelle.
Bien sûr lorsque l’on est travailleur indépendant, la situation est légèrement différente, mais les règles à respecter restent les mêmes et la productivité est toujours la composante qui compte le plus. Au final, l’asservissement au travail reste le même.
Évidemment, je comprends bien comment le monde de l’entreprise fonctionne aujourd’hui et je réalise bien qu’il serait difficile de gérer de cette façon une société dans laquelle chacun ferait ce qu’il veut quand il le souhaite. Mais alors que cela parait utopique, pourquoi ne pourrions-nous pas réinventer totalement ce fonctionnement? Dans ma vision, nous sommes des moutons bien ordonnés souvent contents de donner notre laine et jusqu’à notre vie pour un système qui ne fonctionne dans aucun but précis sinon celui de fonctionner, et qui n’est donc prévu pour le bien ni de l’environnement, ni des êtres qui le peuplent.
Je réalise que cet avis rencontre énormément d’incompréhension. Pour beaucoup, le travail c’est important, primordial ou obligatoire. Il faut travailler c’est comme ça, avoir un bon travail c’est bien, tu devrais être reconnaissante d’avoir un travail : voilà des idées que de nombreuses personnes comprennent et acceptent aujourd’hui. A l’inverse, décliner du travail, pour bien des gens, ça ne se fait pas, imaginer l’emploi autrement c’est inconcevable. Pourtant, certains ont déjà simplement et librement pris une autre voie que celle proposée… celle LEUR vie. Car c’est bien cela le problème au fond, le travail a un coût net et définitif : la vie, la notre que nous lui concédons sagement.
Je suis moi-même depuis toujours en recherche d’un chemin alternatif. Après de nombreuses années d’existence orientées vers les voyages, la découverte de la nature et de différentes cultures ainsi que la recherche de soi, aujourd’hui, j’ai choisi de ne pas passer la totalité de ma journée à faire quelque chose d’inutile à mes yeux pour le compte d’une entreprise qui me donne de l’argent en échange. Très peu dépensière, cet argent m’aurait principalement servi à m’acheter des aliments au supermarché car, ayant peu de temps pour cuisiner, je me serai probablement dirigée vers la nourriture industrielle, comme une grande partie de la population. Cependant, je suis passionnée de cuisine et de diététique, il est donc plus intéressant pour moi de passer une partie de ce temps à prendre du plaisir en m’occupant d’un potager et à cueillir des plantes sauvages afin de subvenir à une grande partie de mon alimentation. Cela me permet d’exprimer mes talents en cuisine en confectionnant de délicieux plats sains avec un engouement certain, pour une dépense moindre au niveau budget. J’y gagne donc sur tous plans, santé, plaisir, équilibre, temps, argent, je n’ai pas grand chose à perdre dans cette alternative si ce n’est l’approbation de la société. C’est pourtant mon choix, et cette démarche ne représente que les premiers pas vers un avenir qui me correspondrait.
Au fond, que penser d’une société dans laquelle je suis mieux considérée en m’enfermant dans un bureau à contrecoeur à taper des chiffres et à attendre que le téléphone sonne ou à prendre des décisions stressantes dont tout le monde se fiche, qu’en décidant de passer du temps à m’améliorer en tant qu’être tout en en faisant profiter les autres, à créer (photographie, cuisine, écriture, artisanat…) et à tenter trouver ma voie afin de m’épanouire et de partager mon bien-être.
En y réfléchissant, une grande partie des entreprises ne seraient pas regrettées si elles venaient à disparaître. La société actuelle s’en verrait probablement bouleversée, mais le monde dans un sens plus large, lui, ne se porterait que mieux sans elles. Alors pour moi, privilégier ces entreprises, entités sans âme et de peu d’intérêt, par rapport à l’environnement qui est indispensable à toute vie, et par rapport aux êtres vivants, c’est être sacrément assujetti à l’argent et à la « machine » que constitue notre société.
Créer, découvrir, aider, enseigner, protéger sont pour moi des actions de valeurs alors quand mon métier consiste à effectuer ou promouvoir ces actions, j’aime travailler. Mais quand un travail consiste en partie à obliger des employés à travailler contre leur gré, où à pousser la société vers un monde où le bonheur n’existe pour personne, je ne vois pas bien comment l’on peut justifier d’un sens quelconque à ses actions et en tirer de la fierté. Pour qui gagne de l’argent grâce à une passion dont il récolte les fruits, ou à un acte qui lui tient à cœur, alors le travail a une raison d’être, pour tous les autres (et nous sommes nombreux), c’est un abrutissement esclavagiste. Et je rajouterai que quand bien même une personne aime son travail, se focaliser sur cette activité, y accorder trop de temps et d’énergie serait à mon sens une aberration.
En tant que vegan, je m’élève contre l’exploitation animale, c’est à dire contre toute exploitation envers tous les animaux, l’homme y compris. Et pour moi, le travail tel que nous le concevons pour l’instant est purement et simplement un abus à éradiquer.
Alors dites-moi… quel sens voyez-vous à tout ça?
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Entre nous :
Quelle est VOTRE vision du travail tel qu’il existe aujourd’hui? Qu’en pensez-vous?
Quel serait votre vision idéal de la vie professionnelle?
Avez-vous la chance de pratiquer un métier qui vous passionne? Racontez-nous!
Supportez-vous un métier qui ne vous correspond pas? Comment le vivez-vous?
Sur les bons conseils d’AnSo (en commentaire) je vous propose de découvrir deux documentaires de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe « Attention, Danger, Travail » et sa suite « Volem Rien Foutre Al Pais », « 2 films truffés de gens qui refusent de travailler (ou du moins de travailler comme on voudrait qu’ils le fassent) et qui cherchent des solutions alternatives. A voir, à revoir, à méditer et à diffuser! » Si vous vous intéressez au sujet, vous découvrirez d’ailleurs qu’il existe pas mal de documentaires sur le travail et ses dangers, bon visionnement!
Habitude et Evolution
L’habitude, un frein à l’évolution difficile à dépasser
La volonté principale de PIGUT étant de promouvoir un style de vie différent demandant bien entendu des bouleversements dans la réalité de tous les jours, il est essentiel ici de parler de la force de l’habitude. Car s’il est bien une entrave à l’évolution et aux changements, c’est l’habitude.
En effet, sur ce site, j’ai la volonté de proposer des idées positives à travers mes propres expériences afin de stimuler chez vous chers lecteurs l’envie de vous plonger dans votre propre recherche de changements constructifs. Il se peut que ce dessein aboutisse à ce que certaines personnes soient convaincues de l’intérêt des théories présentées ici. Pourtant dès lors que leur mise en pratique demandera une modification même minime du quotidien, elles sont très difficiles à adopter pour qui n’est pas préparé à surmonter le poids de l’habitude.
Faites entrer l’accusé :
De mes voyages, de mes observations, de mon apprentissage personnel, j’ai pu constater que l’être humain est une bête d’habitude. Il exerce des rituels appris pendant l’enfance, hérités de ses aïeux, fruits de sa culture, il respecte des coutumes dont il a oublié le sens, sans vraiment le réaliser.
Prenons pour exemple l’alimentation, acte primordial enseigné dès l’enfance qui porte bien les stigmates de l’éducation et la culture, on parle d’ailleurs régulièrement « d’habitudes alimentaires ». La plupart des indonésiens estime qu’un repas n’est pas complet sans un bol de riz, la majorité des français ne pourra se passer de ses tranches de pain pour déjeuner et le belge moyen de ses pommes-de-terre; on voit bien que tout est relatif. Pourtant il serait ardu de changer leur point de vue respectif sur le riz, le pain ou les patates. Leur faire admettre qu’ils pourraient se nourrir différemment et amorcer le changement dans leurs pratiques serait un travail de longue haleine, une tâche quasi vaine. Pourquoi? L’habitude est trop forte et devient la seule vérité possible et admissible!
L’habitude est probablement si fortement encrée parce qu’elle a le don fabuleux d’accroître le sentiment de sécurité (si cher à notre société). En effet, dans l’habitude tout est sous contrôle et ça c’est rassurant. De plus, lorsque l’on observe l’usage, il n’est pas nécessaire de réfléchir, c’est une dépense d’énergie en moins et ça en laisse plus pour les choses vraiment importantes comme le travail (si cher à notre société). Dans l’habitude, chaque chose, chaque être reste gentiment à sa place et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf qu’elle n’est pas toujours adaptée aux individus et au monde qui les entoure, voilà qui pose problème. Et les routines tenaces sont partout, pour les français, cela va de l’apéritif alcoolisé en fin de journée, aux vacances à la mer, en passant par les choix vestimentaires et le bol de céréales ou les éternelles tartines trempées dans le café le matin. Bonnes ou mauvaises, les habitudes ont la peau dure.
Restons en France et prenons des exemples de la vie de tous les jours. Lors de la dernière décennie, des initiatives de recyclage se sont mises en place et les sacs plastiques ont été progressivement retirés des caisses de supermarchés dans tout le pays. Belle avancée pour la lutte contre la pollution se disent certains. Mais aux prémices de ces changements beaucoup de citoyens étaient mécontents et aujourd’hui encore, pour beaucoup de gens, il est difficile d’accepter de trier ses déchets et d’apporter son sac personnel lorsque l’on fait ses courses. Pourquoi? Parce que ça n’entre pas dans le cadre de leurs rituels de vie, cela bouleverse leurs réconfortantes habitudes. Pourtant ces usages ne sont pas en accord avec l’environnement, mais peut importe, le droit à l’habitude est sacré, il en va de la liberté de chacun.
On voit qu’au fil du temps, les coutumes évoluent, néanmoins, il faut des années pour qu’une personne finisse par accepter une nouvelle façon d’agir ou de penser.
Pour continuer sur le sujet du recyclage, le compostage est de mon point de vue un geste facile. Il me semble très important de le pratiquer dès aujourd’hui car cela permet de réduire la quantité de résidus non recyclables entassés dans des décharges en créant au contraire de l’engrais naturel pour nourrir nos terres appauvries par l’agriculture intensive. On trouve de plus en plus de bacs à compost, même en ville, pourtant peu de gens se donnent la peine de mettre de côté leurs déchets organiques. Dans 5 ou 10 années (le temps d’entasser quelques dizaines de milliers de tonnes de déchets non réutilisables), le compostage sera peut-être entré dans les moeurs, mais pas trop vite, la nature peut souffrir en silence, l’habitude veille!
Finalement, il est intéressant de constater que lorsque les modes changent c’est souvent à force de suggestions répétées de l’Etat, d’entreprises ou d’une partie de la société. Les français mangent plus de fruits et légumes sous l’impulsion de matraquages publicitaires, les indonésiennes s’achètent des rasoirs sous l’influence de la société occidentale alors que les poils n’étaient jusque là pas un tabou… Mon point de vue est que les gens ne changent pas pour leur bien-être, ils ne modifient pas leurs us parce qu’ils ont constaté que ces derniers ne leur convenaient plus, non, ils échangent des habitudes imposées par d’autres habitudes imposées sans y réfléchir personnellement.
Ainsi la force de l’habitude est colossale et nous empêche de voir plus loin que notre petit horizon. N’hésitons pas à user de notre volonté pour lutter contre cette force pour inventer une société où les gens décideraient d’agir de façon éclairée en tenant compte uniquement de ce qui est bien pour eux-même et le monde qui les entoure. Alors à quand des modes de vie sains adaptés à chacun faisant cas de l’équilibre du reste de la planète? Je mentionnais tout à l’heure le droit à la liberté individuelle, où donc est-elle dans l’habitude irréfléchie? Quelle liberté a-t-on à se laisser dicter des assuétudes? Je laisserai cette question ouverte, en vous laissant… réfléchir.
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Entre nous :
Ressentez-vous que certaines de vos habitudes ou des idées ancrées par votre culture peuvent être un poids à votre évolution?
Est-ce qu’il y a des habitudes à la peau dure dont vous aimeriez vous débarrasser? Pourquoi voulez-vous les changer? Quel est le frein à ce changement?
Avez-vous déjà vécu l’expérience d’un combat contre des habitudes?
